lundi 13 novembre 2017

Les ventes du fonds ARISTOPHIL vont bientôt commencer ... décembre 2017 ... et les années suivantes !

 Lisez l'article !

© Alain Jocard Source: AFP


J'émet une hypothèse folle ...

Ce qui serait assez amusant en fait ... c'est que le total produit par les futures ventes aux enchères atteigne un montant supérieur aux 850 millions d'euros estimés par les experts d'Aristophil ... ce qui viendrait apporter la preuve qu'il n'y avait pas d'arnaque. Scénario peut-être improbable ... quoi que ... mais saura-t-on vraiment (le grand public) tout ce qui passera en vente issu des stock d'Aristophil ? j'en doute. Il y aura les grandes ventes (Aguttes - ventes de prestige et marketing oblige) et puis les petites ventes en katimini (business oblige).

Quel est votre avis sur la question ? Nous aurons ici tout loisir d'en gloser ...

A suivre ... [nous posterons ici même la suite des événements]

Bertrand Bibliomane moderne

Le site pour suivre les ventes



vendredi 3 novembre 2017

Histoire de la sultane de Perse et des visirs - 1707 - Ouvrage d'Antoine Galland ou de François Petis de La Croix.

Il a été vendu ces derniers jours sur ebay un rare exemplaire de Histoire de la sultane de Perse et des visirs. Contes turcs. publié chez la veuve de Claude Barbin en 1707.

Claude Barbin et sa veuve sont connus, notamment, pour avoir imprimé de nombreux ouvrages de contes en tous genre. Pour rappel, Bertrand a fait un bel article sur le sujet il y a déjà 9 ans !!! [NDLR : ça rajeunit pas ....]. La veuve Barbin publie en particulier Les mille et une nuits et Les mille et un jours, respectivement d'Antoine Galland (1646-1717) et François Petis de la Croix (1653-1713).

Ces deux écrivains se connaissaient bien et, quand, en 1709, la veuve Ricoeur inséra deux contes de Petis de la Croix dans un ouvrage de Galland, ce dernier sut tout de suite à qui s'en prendre.


Le livre qui nous intéresse aujourd'hui a donc paru avant cette affaire, sans nom de traducteur. Imprimé chez la veuve d'Antoine Lambin en 1706, il ne sera donc publié que l'année suivante. L'approbation est du 6 octobre 1706 et le privilège royal du 14 novembre 1706. Il apparaît au Mercure dès janvier 1707.


Quel est donc l'auteur, ou plutôt le traducteur, de cet ouvrage ? Nous serions bien incapable d'apporter une réponse définitive. En effet, voici les différentes versions que nous trouvons :
  • Préface de l'édition originale
    • "Ces Contes que les Musulmans appellent par dérision la malice des femmes ont été tirés de la bibliothèque de M. Pétis qui les a traduits autrefois"
  • Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. J.B. Denis Guyon. Paris, Barrois, 1759. n°1062
    • "par Ant. Galland"
  • Genève, Barde, 1787. Cabinet des fées, tome XVI
    • "traduit en françois par M. Galland"
  • Relation de Dourry Efendy. Paris, Ferra, 1810.
    • mentionne la préface de l'édition originale.
  • Antoine-Alexandre Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes. Editions de 1806, 1823
    • "par Galland"
  • Gay-Lemonnyer, II, 514. Edition définitive de 1897.
    • "par Galland et par Petis de la Croix"
  • Gustave Lanson, Manuel bibliographique de la littérature française moderne. Paris, Hachette, 1925. n°6031
    • "trad. par Galland (ou Petis de la Croix)"
  • Pierre M Conlon, Prélude au siècle des lumières en France. Genève, Droz, 1972. Tome 3, p.521.
    • "Traduction due à A. Galland"
  • Editions Champion, 2006
    • François Petis de la Croix
  • Vente Binoche et Giquello, 2015.
    • "Petis de la Croix (François)"
  • Base sudoc
    • "Pétis de la Croix, François (1653-1713). Traduction"
Quoiqu'il en soit, il est aujourd'hui plutôt communément admis que c'est Petis de la Croix l'auteur mais la formulation de la préface demeure dans ce cas curieuse : "Ces Contes que les Musulmans appellent par dérision la malice des femmes ont été tirés de la bibliothèque de M. Pétis qui les a traduits autrefois"

Le Berger d'Anatolie

mardi 31 octobre 2017

Une édition rarissime de « Du côté de chez Swann » de Marcel Proust a été vendue hier chez Sotheby's plus d'un demi-million d'euros (31 octobre 2017).



Copie d'écran - La Dépêche du Midi


Une édition rarissime de « Du côté de chez Swann » de Marcel Proust a été vendue hier chez Sotheby's plus d'un demi-million d'euros, moins que la fourchette haute de l'estimation.

« Le volume est parti pour 535 500 euros», a indiqué une porte-parole de Sotheby's. Son estimation se situait entre 400 000 et 600 000 euros. Trésor pour bibliophile, le livre mis à l'encan était l'un des cinq exemplaires numérotés de « Du côté de chez Swann» sur ce que d'aucuns considèrent comme le plus beau papier du monde : le « japon impérial » ou « washi ».

Trois exemplaires de ces livres rares et précieux sont à l'abri chez leur propriétaire et un quatrième a disparu durant la Seconde Guerre mondiale sans jamais réapparaître.
Le volume, acquis par un acheteur présent dans la salle de vente, n'était plus réapparu publiquement depuis 1942 lorsque la veuve de son propriétaire l'avait mis aux enchères chez Drouot. Il avait alors été acquis par Roland Saucier, directeur de la librairie Gallimard de Paris, et était resté depuis dans la famille du libraire décédé en 1994.

Le volume (192 x 138 mm), portant le numéro 5 et relié en maroquin bleu nuit, avait été offert par Proust à Louis Brun, son éditeur chez Grasset. Grand bibliophile, Louis Brun avait ajouté à son exemplaire des documents manuscrits de Marcel Proust qu'il a fait relier en fin de volume.

Ces documents, huit au total, révèlent un Marcel Proust inattendu. Pour défendre son livre, l'écrivain propose à des amis de la presse parisienne de faire publier dans leurs journaux respectifs des critiques élogieuses de son roman.
Tous les moyens sont bons pour l'écrivain. Il propose de l'argent aux journaux, écrit lui-même les articles qu'il souhaite voir publiés.
En même temps, le romancier prend garde à ne pas être découvert. Les échos qu'il rédige doivent rester anonymes, insiste-t-il.
À la décharge de Proust, il faut rappeler qu'il dut batailler avec ardeur pour trouver un éditeur.

Il essuya de nombreux refus avant que Bernard Grasset n'accepte de le publier, à frais d'auteur, en novembre 1913.
Surpris par le succès du livre, Gaston Gallimard réussit à convaincre Proust de rejoindre sa maison. Ce sera avec la NRF de Gallimard que Proust obtiendra le Goncourt en 1919.

La Dépêche du Midi (Publié en ligne le 31/10/2017)
Source :  http://www.ladepeche.fr/article/2017/10/31/2676027-un-livre-rare-de-proust-vendu-535-500-e.html


Photo Sotheby's / Liberal (en ligne)

mardi 26 septembre 2017

La Esméralda (1836) Opéra de Victor Hugo et Louise Bertin. Histoire d'un échec en 4 actes ...

La Esmeralda,
musique de Mademoiselle Louise Bertin,
Paroles de M. Victor Hugo,
Décors de MM. Philastre et Cambon,
Réprésenté pour la première fois sur le théâtre de l'Académie royale de musique,
le 14 novembre 1836.
Paris, Maurice Schlesinger éditeur,
chez Jonas, libraire de l'opéra,
A Lyon chez Nourtier, 1836


Petite histoire d'un échec en 4 actes ...

Les documents historiques ne manquent pas au sujet de cet opéra. Nous allons essayer de tirer le meilleur des documents consultés au sujet de ce spectacle qui ne connut pas la gloire, loin s'en faut. Ce livret écrit par Victor Hugo est tiré de Notre-Dame de Paris (publié en 1831), il reprend sous le titre éponyme l'histoire de la belle gitane Esméralda, et ce pendant 4 actes. De ce que nous avons pu lire ici ou là, il apparaît que Victor Hugo n'avait guère envie de cette mise en musique de son oeuvre littéraire à succès. Il ne croyait pas que la musique put convenir à son texte.

Louise Bertin est au centre de cette histoire. La vie du ténor Adolphe Nourrit nous apprend quelques détails très intéressants : "Son frère, Armand Bertin, gérant du Journal des Débats et membre de la Commission de surveillance auprès de l'Opéra, et M. Victor Hugo, l'auteur applaudi de Notre-Dame de Paris, aidèrent bien un peu à faire ouvrir une porte fermée à tant d'autres. M. Victor Hugo ne dédaigna pas, lui chef d'école, mais pour cette fois seulement, un genre où brillait un vaudevilliste. Quelle que dût être la fortune de sa pièce, l'auteur se montrait bien inspiré; il travaillait moins en vue de la postérité qu'en vue de son élévation. A cette époque même, la chose a été dite, M. Victor Hugo aspirait à l'Académie française et à la pairie. Or, pour atteindre ce double but, le Journal des Débats ne paraissait pas un appui à dédaigner, et le zèle du gérant pour un ami de la maison était préférable à une bienveillance banale. La Esméralda fut représentée pour la première fois le 14 novembre. La partition, qui se recommande par une facture habile, ne manque ni de mélodie, ni de vigueur. Plusieurs morceaux se firent distinguer, et particulièrement l'air des cloches, chanté par Quasimodo, et que Massol, doué d'une très-belle voix, disait avec beaucoup de verve. Halévy a mentionné honorablement cette partition, « où l'on remarqua, dit-il, une grande abondance d'idées, un coloris heureusement dessiné et souvent une rare puissance d'expression. » M. Victor Hugo, qui sent peu l'harmonie poétique, et qui, en cherchant les vers forts, ne trouve pas les vers coulants, M. Victor Hugo, avec son allure indépendante, ne mettait pas à l'aise sa collaboratrice, sans parler des acteurs qui furent chargés d'articuler des vers dignes de Chapelain [...] Un journal du temps osa critiquer ce système de poésie antimusicale. La Esméralda fut même sifflée. Mais, malgré la réunion des premiers talents, Nourrit, Levasseur, Massol, Mlle Falcon, la Esméralda n'eut qu'un succès très modeste. Il faut s'en prendre à la longueur d'une action dénuée d'intérêt, où figurait un monde sans noblesse. « Par malheur, disait un journal, le libretto n'a pas varié les situations; il est privé de l'animation sans laquelle la meilleure musique s'efface ; car, dans un opéra français, l'intérêt dramatique se compose des paroles que l'on dit et des airs que l'on chante. Si les premières sont froides, la musique, se donnant un mouvement inutile, a l'air d'une folle qui court toute seule dans un espace sans limites. Un mois après son apparition, la Esméralda eut à soutenir un rude assaut. Les amis eux-mêmes avaient reconnu la longueur de la pièce : en la soulageant d'un acte, on avait abrégé d'autant l'ennui des spectateurs, et un joli ballet, tel que la Fille du Danube, venait les dédommager. Après un certain nombre de représentations, Nourrit avait abandonné le rôle de Phœbus. Un soir, le public fit du tapage, et ne voulut pas entendre le dernier acte. Cet opéra fut encore joué quelquefois au commencement de 1837. Il n'est pas resté au répertoire."

Dans Victor Hugo raconté par lui-même on lit : "Les répétitions de la Esmeralda se firent dans l'été de 1836. L'auteur des paroles n'y assista pas ; il voyageait en Bretagne. A son retour, il fut frappé de la mesquinerie de la mise en scène. Le vieux Paris prêtait aux décorations et aux costumes. Rien de riche ni de pittoresque ; les haillons de la Cour des Miracles, qui auraient pu avoir du caractère et de la nouveauté à l'Opéra, étaient en drap neuf ; de sorte que les seigneurs avaient l'air de pauvres et les truands de bourgeois. M. Victor Hugo avait donné une idée de décor qui aurait pu faire grand effet : c'était l'ascension de Quasimodo enlevant la Esmeralda d'étage en étage ; pour faire monter Quasimodo, il n'y avait qu'à faire descendre la cathédrale. En son absence, on avait déclaré la chose impossible. Ce décor, impossible à l'Opéra, a été fait depuis à l'Ambigu. L'opéra, chanté par MM. Nourrit, Levasseur, Massol, etc., et mademoiselle Falcon, fut applaudi par le public de la première représentation, laquelle fut assombrie par la nouvelle de la mort de Charles X. Les journaux furent d'une violence extrême contre la musique. L'esprit de parti s'en mêla et se vengea sur une femme du journal de son père. Alors, le public siffla. L'opposition augmenta de représentation en représentation, et à la huitième le rideau fut baissé avant la fin. Tout ce que put le directeur, M. Duponchel, qui devait son privilège à M. Bertin, ce fut de jouer de temps en temps, avant le ballet, un acte où l'auteur avait réuni les principaux morceaux des cinq. Le roman est fait sur le mot Ananké ; l'opéra finit par le mot fatalité. Ce fut une première fatalité que cet écrasement d'un ouvrage qui avait pour chanteurs M. Nourrit et mademoiselle Falcon, pour musicienne une femme d'un grand talent, pour librettiste M. Victor Hugo et pour sujet Notre-Dame de Paris. La fatalité s'attacha aux acteurs. Mademoiselle Falcon perdit sa voix ; M. Nourrit alla se tuer en Italie. — Un navire appelé Esmeralda, faisant la traversée d'Angleterre en Irlande, se perdit corps et biens. — Le duc d'Orléans avait nommé Esmeralda une jument de grand prix ; dans une course au clocher, elle se rencontra avec un cheval au galop, et eut la tête fracassée. 

Dans la Phalange, Journal de la Science Sociale du 10 décembre 1836, on lit cette critique détaillée : "Nous sommes enfin en mesure d'offrir à nos lecteurs notre jugement sur cette pièce qui a suscité une si grande rumeur dans le monde critique, mais dont peu de journaux nous paraissent avoir rendu un compte dégagé de toute considération étrangère à la question d'art. Nous avons assisté lundi dernier à la représentation de cet ouvrage ; il nous est resté une fatigue extrême de l'attention avec laquelle nous avons écouté, et ce malaise résultant toujours de la longue attente d'une sensation qu'on espère et qui n'arrive pas. La musique de mademoiselle Bertin dénote une inexpérience complète, ou l'absence de conception musicale. Quelques lambeaux parsemés, quelques éclairs vraiment remarquables nous feraient plutôt pencher pour la première hypothèse, que légitimerait d'ailleurs l'existence casanière et vide de sensations que mène d'ordinaire une femme, et qui est tout-à-fait incompatible avec le développement des facultés artistiques. Les mélodies sont tellement vagues, que le plus souvent on ne les saisit point ; et nous nous sommes plus d'une fois demandé, dans le cours de l'ouvrage, comment les acteurs avaient pu fixer dans leur mémoire des successions de sons aussi incohérentes et aussi bizarres. Le rôle de Claude Frollo notamment, ne nous a pas paru renfermer une seule phrase saisissable ; il y avait pourtant moyen d'approprier des mélodies bien tranchées à ce sombre et passionné caractère. Tous les morceaux de passion des deux rôles, d'Esméralda et de Phoebus, sont entièrement manqués ; la mélodie en est nulle ou commune. Ce qu'il y a surtout de fatigant dans cette musique, c'est le décousu qui règne d'un bout à l'autre, à peine peut-on signaler un ou deux morceaux qui paraissent avoir été faits sur un plan quelconque ; dans les autres, tantôt la même mesure se répétera avec obstination douze ou quinze fois de suite, tantôt chaque mesure aura un caractère propre et tout-à-fait étranger au caractère de la mesure précédente et de la suivante ; monotonie fatigante ou variété extrême plus fatiguant encore Quelques fragments de chœurs et l'air de Quasimodo font exception. De temps à autre on entend des effets d'harmonie et d'orchestre qui font espérer quelque chose de remarquable, puis rien ; on retombe brusquement dans le chaos. Ainsi, la ritournelle de ce qui doit être probablement un grand air de Claude Frollo présente une combinaison de trombones, et de contrebasses et bassons qui est d'un effet très beau et en parfaite harmonie avec le caractère dramatique du personnage, mais tout se borne à cet annonc e; et ce qui suit n'est qu'un assemblage de sons dont la succession n'a aucune raison d'être. Sans pousser plus loin l'analyse détaillée, bornons-nous à dire qu'il ne fallait rien moins que l'influence de la famille de l'auteur pour déterminer la représentation d'une œuvre aussi incomplète, aussi médiocre que celle-là. Ce qu'il y a de fâcheux, c'est que la mise en scène de cet ouvrage aura retardé celle d'un autre probablement meilleur, et causé ainsi un double préjudice au public et au directeur. Du reste, si nous en jugeons par les sifflets qui ont accompagné les deux derniers actes, notamment le dernier, et par l'ennui marqué qui régnait dans toute la salle, l'existence de la Esmeralda est bien près de toucher à son terme.

Nous pourrions encore citer de nombreuses critiques parues à l'époque dans la presse généraliste ou spécialisée, toutes sur le même ton.

Ce fut la seule incursion de Victor Hugo dans le monde de la musique. Ce premier essai ne lui ayant laissé qu'un goût très amer. On sait la gloire du maître qui ne cessa de s'accroître au fil des années. Louise Bertin quant à elle, cette femme handicapée qui suite à une poliomyélite se déplace en béquilles et pour laquelle les critiques ne voient dans ses compositions des « consolations à ses infirmités physiques » (journal Le Siècle). Pourtant Berlioz qui dirigeait les répétitions à l'Opéra atteste dans sa correspondance des qualités musicales et des nouveautés harmoniques d'une œuvre qu'il qualifie de « virile, forte et neuve ». Qui croire ? Elle mourra en avril 1877 à l'âge de 72 ans.

Internet nous permet d'écouter une interprétation moderne de l'Acte I, Scène 2. Vous pouvez l'écouter ICI. Ou encore 3 actes ICI (acte 1), ICI (acte 2),et ICI (acte 4).

Qu'aurait pensé Victor Hugo et à fortiori Louise Bertin de la comédie musicale Notre-Dame de Paris créée par Luc Plamondon et Richard Cocciante et représentée pour la première fois le 16 septembre 1998, soit 162 ans plus tard ? Cette nouvelle version mêlant chant, danse et musique, et faisant la part belle à La Esméralda dont elle aurait pu conserver le titre, fut un énorme succès international.

Bertrand Hugonnard-Roche pour le Bibliomane moderne

mardi 5 septembre 2017

L'un des plus beaux Molière de 1682. Reliure doublée de Boyet. 125.000 francs en 1966.


En 1966, une grande librairie française spécialisée dans les livres rares et précieux, propose dans son catalogue papier n°59 l'ouvrage suivant :

[début de la notice du libraire]. 188. MOLIÈRE. Les Œuvres de Monsieur de Molière. Reveues, corrigees et augmentees, enrichies de figures en Taille-douce, Paris, Thierry, Barbin, Trabouillet, 1682, 6 vol. in-12, mar. vert olive, doublé de mar. rouge, dos finem. orné au pointillé, triple fil. dor. sur les plats, dent. int. et sur les coupes, tr. dor. (rel. anc.) ... 125.000

Première édition collective complète, donnée après la mort de Molière, d'après ses manuscrits, avec six pièces en édition originale : Don Garcie de Navarre, l'Impromptu de Versailles, Don Juan, Mélicerte, les Amants magnifiques, la Comtesse d'Escarbagnas. Egalement première édition illustrée, avec 30 figures de Brissart, précieuses pour les costumes, la mise en scène et le portrait de Molière dans ses rôles habituels.

Exemplaire réglé et à toutes marges (haut. 160 mm), relié à l'époque par Boyet en maroquin doublé et orné d'une dentelle intérieure, condition sans doute unique.

Unique aussi la présentation en 6 tomes, au lieu de 8, chaque volume se trouvant augmenté d'un fragment (une pièce entière ou plusieurs) du tome suivant. Il est bien entendu absolument complet, y compris les feuillets blancs et les privilèges, sauf les deux titres de tomaison (VII et VIII) devenus inutiles. [fin de la notice du libraire].

Ce mirifique exemplaire était donc proposé à 125.000 francs de 1966 soit environ 160.500 euros (coef. INSEE 1,28401).

Un prix réactualisé plus de 50 ans après ne donne qu'une vague idée de la valeur d'un ouvrage. Nous donnons ci-après une liste de prix pris dans le même catalogue pour faciliter la comparaison.

- N°49. COLONNA. Hypnerotomachia Poliphili (Venise, Alde Manuce, 1499), in-fol. mar. rouge (rel. XIXe.). 28.000

- N°79. DURER (Albert). De Symetria Partium Humanorum Corporum. Nuremberg, 1534, 1 vol. pet. in-fol. vélin vert (rel. anc.). 10.000

- N°107. HEURES à l'usage de Rome. Paris, Jehannot, 1498. 35.000

- N°116. HORACE. Quinti Horatii Flacci poemata. Elzévier, 1676, pet. in-12 (mar. doublé de Ruette). 11.000

- N°122. LABORDE. Choix de Chansons. 1773, Paris, de Lormel, 4 vol. in-8. veau marbré (rel. anc.) 28.000

- N°140. LA FONTAINE. Contes et Nouvelles. 1762. Edition dite des Fermiers Généraux. mar. rouge (rel. anc.) 9500

- N°271. ALAIN-FOURNIER. Le Grand Meaulnes. E. Paul, 1913. 1 des 10 ex. sur Japon. Parfait. Rel. mar. bleu doublé signé P. L. Martin. 35.000

- N°314. DERAIN (André). RABELAIS. Pantagruel. Paris, Skira, 1943. Maroquin décoré doublé de Legrain. Exemplaire de tête n°2. 24.000

- N°388. MATISSE. Florilège des Amours de Ronsard. Paris, Skira, 1948. Maroquin doublé de Paul Bonet. Exemplaire de tête (1/20). 28.000

Sur 462 numéros décrits, ce Molière de 1682 est l'ouvrage au prix le plus élevé si l'on excepte des HEURES DE LA VIERGE (n°106), superbe manuscrit enluminé de 1443 et qui est présenté sans prix marqué (on peut donc le supposer à un prix très élevé, supérieur à 135.000 francs).

Si en 2017 on cherche quelques exemplaires de ce Molière de 1682 en reliure de Boyet on en trouve pas ... 

On trouve un exemplaire en 8 volumes en maroquin du XIXe s. 15.000 euros de cette édition de 1682, un autre en maroquin du XIXe de Lortic à 30.000 et un exemplaire en maroquin d'époque aux armes de l'édition de 1697 à 59.000 euros.

On ne trouve pas d'exemplaires équivalent à celui proposé en 1966 par cette prestigieuse librairie ... encore moins la trace de cet exemplaire unique !

Cependant nous donnons ci-dessous une liste non exhaustive des plus beaux Molière de 1682 passés en vente aux enchères ces dernières années :

- Doutrebente : 13/12/2011 - adjugé 4200€

MOLIERE (JEAN-BAPTISTE POQUELIN DIT)
Les Oeuvres de Monsieur Molière reveues corrigées et augmentées, enrichies de figures en taille-douce [Suivi de] Les Oeuvres posthumes... Paris, D. Thierry, C. Barbin et P. Trabouillet, 1682. Huit volumes in-12, maroquin rouge, dos ornés, triple filet doré en encadrement sur les plats, filet doré sur coupes, tranches dorées (Thibaron-Joly). 30 figures hors texte dessinées par Brissart et gravées par Sauvé, portrait-frontispice de Molière ajouté. Première édition collective complète comprenant six pièces en édition originale et première édition illustrée. Exemplaire fortement lavé et papier jauni. Exemplaire conforme à la collation de Le Petit. Brunet, III, 1796. Graesse, IV, 562. Le Petit, 326.

- Binoche et Giquello 17/02/2010 - adjugé 4300€

MOLIÈRE.
Les OEuvres. Reveuës, corrigés & augmentées. Paris, Denys Thierry, Claude Barbin, Pierre Trabouillet, 1682. 8 volumes in-12, veau brun, triple filet, armoiries centrales, dos orné, pièce de titre rouge, roulette intérieure, tranches dorées sur marbrure (Reliure de l'époque). Guibert, II, pp. 609-650. PREMIÈRE ÉDITION COMPLÈTE, COMPRENANT 6 PIÈCES EN ÉDITION ORIGINALE, et PREMIÈRE ÉDITION ILLUSTRÉE, ornée de 30 figures gravées en taille-douce par J. Sauvé d'après Bissart, précieux témoignage des costumes, de la mise en scène et des arts décoratifs de l'époque. L'ensemble se divise en deux parties distinctes. Les six premiers volumes contiennent les pièces déjà imprimées du vivant de l'auteur, alors que les tomes VII et VIII comportent toutes les comédies jouées en public mais non publiées à la date de la mort de Molière. Ces pièces en ÉDITION ORIGINALE sont : Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Dom Juan, Melicerte, Les Amans magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. Les manuscrits de Molière furent revus après sa mort par ses amis les comédiens Vinot et La Grange, qui y introduisirent les jeux de scène. BEL EXEMPLAIRE, RÉGLÉ, AUX ARMES DE NICOLAS II LECLERC DE LESSEVILLE (1642-1737), conseiller au Châtelet en 1666, à la Cour des aides en 1672 et président en la cinquième Chambre des enquêtes du Parlement en 1677 (Olivier, pl. 1352). Guigard attribue ces armes à Charles-Nicolas Leclerc de Lesseville (1679-1749), successivement intendant de Limoges, de Pau et de Tours (II, p. 302). Exemplaire de second état, avec les passages cartonnés des tomes VII (Dom Juan) et VIII (La Comtesse d'Escarbagnas et Le Malade imaginaire), contenant 16 figures en premier état : Sganarelle, L'Escole des maris, Le Mariage forcé, L'Amour médecin, Le Misanthrope, Le Médecin malgré luy, Les Fourberies de Scapin, Psiché, Les Femmes sçavantes, Dom Garcie, L'Impromptu de Versailles, Dom Juan, Mélicerte, Les Amans magnifiques, La Comtesse d'Escarbagnas et Le Malade imaginaire. De la bibliothèque d'Ortigue (1862, n° 270). Exemplaire cité au Supplément de Brunet (col. 1050). Petit trou de vers à un feuillet du tome VI (pp. 57-58) avec perte de numéros. Petite déchirure dans la marge d'un feuillet du tome VIII (pp. 99-100) sans manque. Charnières et coiffes frottées. La reliure et les armes du tome III ont été refaites postérieurement. Au tome III, les feuillets Cv à Cviii (pp. 57-64) ont été intervertis avec les feuillets Dv à Dviii (pp. 81-88).

- Binoche et Giquello : 08/11/11 - adjugé 14500€

MOLIÈRE
LES OEUVRES, revues, corrigées et augmentées. 6 volumes. - OEuvres posthumes. 2 volumes. Paris, D. Thierry, Cl. Barbin, 1682. Ensemble 8 volumes in-12, maroquin rouge, triple filet doré sur les plats, dos à nerfs richement orné, doublure de maroquin bleu ornée d'une large dentelle dorée, tranches dorées (Cuzin-Maillard dor.). PREMIÈRE ÉDITION COMPLÈTE, ET LA PREMIÈRE ILLUSTRÉE. Elle a été établie après la mort de Molière d'après les manuscrits originaux par les comédiens de sa troupe, Vinot et Lagrange, qui introduisirent des jeux de scène. Réunies dans les deux volumes des OEuvres posthumes, six pièces sont ici en édition originale: Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Don Juan ou le Festin de Pierre, Mélicerte, Les Enfants Magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. Les 30 figures de Brissart gravées par Sauvé sont précieuses pour l'histoire du théâtre et de la mise en scène. Faites d'après nature, elles donnent certainement les portraits des comédiens de la troupe de Molière, dont le sien. BEL EXEMPLAIRE, EN RELIURE DOUBLÉE DE CUZIN, DORÉE PAR MAILLARD.

- Denesle & Frémaux Lejeune : 10/03/2008 - adjugé 10500

MOLIERE.
Les OEuvres. Reveuës, corrigées & augmentées. Paris, Denys Thierry, Claude Barbin, Pierre Trabouillet, 1682. 8 vol. in-12, maroquin rouge, triple filet, dos finement orné, dentelle intérieure, tranches dorées sur marbrure (Masson- Debonnelle). PREMIÈRE ÉDITION COLLECTIVE COMPLÈTE, COMPRENANT 6 PIÈCES EN ÉDITION ORIGINALE, ET PREMIÈRE ÉDITION ILLUSTRÉE, ornée de 30 figures gravées en taille-douce par J. Sauvé d'après Bissart, précieux témoignage des costumes, de la mise en scène et des arts décoratifs de l'époque. L'ensemble se divise en deux parties distinctes. Les six premiers volumes contiennent les pièces déjà imprimées du vivant de l'auteur, alors que les tomes VII et VIII comportent toutes les comédies jouées en public mais non publiées à la date de la mort de Molière. Ces pièces en ÉDITION ORIGINALE sont : Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Dom Juan, Melicerte, Les Amans magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. Les manuscrits de Molière furent donnés après sa mort par ses amis les comédiens Vinot et La Grange, qui y introduisirent les jeux de scène. Exemplaire de second état, avec les passages cartonnés des tomes VII (Dom Juan) et VIII (La Comtesse d'Escarbagnas). TRÈS FINE RELIURE DE MASSON-DEBONNELLE, le successeur de Capé à partir de 1867. De la bibliothèque Louis Masurier, avec son ex-libris.

- Alde : 21/03/12 10700€

MOLIÈRE
Les Oeuvres. - Les Oeuvres posthumes. Paris, Denys Thierry, Claude Barbin, Pierre Trabouillet, 1682. 8 volumes in-12, maroquin rouge, triple filet, dos finement orné, dentelle intérieure, tranches dorées sur marbrure (Thibaron-Joly). Guibert, II, 609-650. PREMIÈRE ÉDITION COMPLÈTE, COMPRENANT 6 PIÈCES EN ÉDITION ORIGINALE, ET PREMIÈRE ÉDITION ILLUSTRÉE, ornée de 30 figures hors texte gravées en taille-douce par J. Sauvé d'après P. Brissart, précieux témoignage des costumes, de la mise en scène et des arts décoratifs de l'époque. Les manuscrits de Molière furent donnés aux éditeurs après sa mort par ses amis les comédiens Vivot et La Grange, qui y introduisirent les jeux de scène, faisant de cette édition la plus complète du XVIIe siècle. Elle se divise en deux parties distinctes: les six premiers volumes contiennent les pièces déjà imprimées du vivant de l'auteur, alors que les tomes VII et VIII comportent toutes les comédies jouées en public qui n'avaient pas encore été publiées à la mort de Molière. Ces pièces en édition originale sont: Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Dom Juan, Melicerte, Les Amans magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. Exemplaire de second état, avec les passages cartonnés des tomes VII (Dom Juan) et VIII (Les Amans magnifique, La Comtesse d'Escarbagnas et Le Malade imaginaire). Les 30 gravures de l'exemplaire sont en premier état. Il a de plus été enrichi d'un portrait de Molière, relié en tête du premier volume. Très bel exemplaire.


- Piasa 19/10/10 14000€

MOLIÈRE
Les Oeuvres. 6 volumes. - Les Oeuvres posthumes. 2 volumes. Paris, Thierry, Barbin, Trabouillet, 1682. Ensemble 8 volumes in-12, maroquin rouge, triple filet, dos à 5 nerfs joliment ornés, dentelle intérieure, tranches dorées (Capé). Importante édition collective en partie originale pour les Oeuvres posthumes qui contiennent Dom Gracie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Dom (sic) Juan, Mélicerte, Les Amants magnifiques, La Comtesse d'Escarbagnas et Le Malade imaginaire qui paraissent ici pour la première fois. C'est la première édition qui contient l'ensemble des pièces de Molière. Elle se termine par une pièce sur Molière : L'Ombre de Molière de Brécourt. Elle est par ailleurs illustrée de 30 gravures en taille-douce dessinées par Sauvé et gravées par Brissart qui, si elles sont dans le genre un peu naïf, présentent l'intérêt de montrer les personnages et les scènes tels qu'ils ont été représentés. L'une d'elles représente Molière et sa femme Armande Béjard. Très bel exemplaire joliment relié par Capé. Exemplaire lavé, minime trou au titre du tome II, une figure réenmargée.

- Ader 10/11/15 10000€

MOLIERE

Les Oeuvres de monsieur de Molière. Reveuës, corrigées & augmentées. Enrichies de Figures en Taille-douce [tomes I à VI].
Les Oeuvres posthumes de monsieur de Molière. Imprimées pour la première fois en 1682 [tomes VII et VIII].
Paris: Denys Thierry, Claude Barbin, Pierre Trabouillet, 1682. — 8 volumes in-12, (12 ff.), 304 pp., (4 ff. 2 derniers blancs), 4 planches; 416 pp., (2 ff.), 5 planches; 308 pp., (2 ff.), 5 planches; 296 pp., (2 ff.), 3 planches; 335 pp. mal chiffrées 535, 3 planches; 93, 195 pp., (2 ff.), 1 planche; 261 pp., (1 f.); 312 pp. Maroquin rouge, triple filet doré en encadrement sur les plats, dos à nerfs orné, dentelle dorée intérieure, tranches dorées sur marbrure (Chambolle-Duru).

- Rémy Le Fur 26/03/13 6000€

MOLIERE
Les Oeuvres. Reveuës, corrigées & augmentées. Paris, Denys Thierry, Claude Barbin et Pierre Trabouillet, 1682. 8 volumes in-12, maroquin rouge, double filet doré, dos orné, dentelle dorée intérieure, tranches dorées (Champs). Première édition collective complète, en partie originale. Elle a été établie d'après les manuscrits de l'auteur par les comédiens Vinot et La Grange, ses amis, qui y introduisirent les jeux de scène. Six pièces sont ici en édition originale: Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Don Juan ou le Festin de Pierre, Mélicerte, Les Amants magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. C'est également la première édition illustrée, ornée de 30 jolies figures gravées sur cuivre par Sauvé d'après Brissart. Ces illustrations sont précieuses pour l'histoire du théâtre et de la mise en scène. On y voit notamment Molière représenté à plusieurs reprises dans ses divers rôles. BEL EXEMPLAIRE, PARFAITEMENT RELIÉ PAR VICTOR CHAMPS. Ex-libris manuscrit effacé avec tache brune sur le titre du tome V. Quelques légères rousseurs et mouillures à des feuillets


- Alde 24/02/09 5700€

MOLIÈRE
Les OEuvres, reveuës, corrigées & augmentées. Paris, Denis Thierry, Claude Barbin et Pierre Trabouillet, 1682. 8 volumes in-12, maroquin bordeaux janséniste, armes au centre des plats, dentelle intérieure, tranches dorées (Hardy). Première édition collective complète, donnée après la mort de Molière d'après ses manuscrits par les comédiens Vivot et Lagrange, qui y introduisirent les jeux de scène. Elle contient 6 pièces en édition originale : Dom Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Do Juan ou Le Festin de Pierre, Mélicerte, Les Amants magnifiques et La Comtesse d'Escarbarguas. Première édition illustrée, elle est ornée de 30 figures de Brossart gravées par Sauvé. Bel exemplaire aux armes du marquis Jacobé de Naurois, descendant de Racine.

Vos contributions sont les bienvenues !

Bonne journée,
Bertrand Hugonnard-Roche pour le Bibliomane moderne

mercredi 12 juillet 2017

Un artiste par l'image : Emil Causé (1867-?), un méconnu de l'Art Nouveau français.



Émile Causé dit Emil Causé, né en 1867 à Porrentruy (Jura bernois) et mort à une date inconnue, est un artiste franco-suisse, à la fois décorateur, dessinateur, affichiste, poète et conteur, marqué par le style art nouveau. Très peu d'éléments existent sur la vie d'Emil Causé — ainsi signait-il —, un artiste pluriel qui semble avoir été surtout actif entre 1890 et 1902, à Paris, dans des domaines à la fois liés aux arts décoratifs et à la littérature. Né en Suisse mais de parents français, il est élève à l'École nationale des arts décoratifs : ses travaux sont publiés dans L'Art pour tous : encyclopédie de l'art industriel et décoratif en 1891-1892. Il collabore entre 1890 et 1902 au St Nicolas, revue pour enfants éditée par Charles Delagrave, éditeur pour lequel il réalise quelques albums illustrés. Pour cette revue, il écrit également de nombreux contes. Il collabore à La Revue des arts décoratifs (1893-1899) pour Victor Champier, dont il fait la couverture et des vignettes (1897). On retrouve également son nom dans le Musée des familles (1894). Dans Le Livre et l'image (fin 1894), John Grand-Carteret signale qu'il sera l'auteur de la nouvelle couverture de la revue La Plume à partir de janvier 1896 : après celle d'Eugène Grasset, et avant celle d'Alfons Mucha, il est possible que le projet de Causé n'ait été finalement pas adopté. Néanmoins, pour La Plume, il fournit quelques vignettes, des textes, et exécute l'affiche du salon des Cent de janvier 1898. En 1896 il est mentionné comme poète chansonnier, coutumier du Procope, au Quartier Latin, et hantant les cabarets du boul'Mich. En 1897, il est présent durant l'exposition internationale de Bruxelles, à la section française des arts décoratifs. En 1898, il est l'un des décorateurs choisis pour figurer dans le premier volume des Documents d'atelier, art décoratif moderne réunis par Victor Champier à la Librairie de l'Art ancien et moderne. On perd sa trace après 1912. Une importante collection de documents graphiques — une centaine dont des croquis de mobilier — signés Emil Causé est conservée au musée d'Orsay en partie visible ICI. Il a illustré au moins 4 livres : L'Imagier aux églantines, Paris, Charles Delagrave, 1891. Émile Blémont, Mariage pour rire, comédie en une acte et en vers, Paris, Bibliothèque artistique et littéraire de La Plume, 1898. Charles Perrault, La Belle au bois dormant, Paris, Charles Delagrave, 1899. Otto Friedrichs, La Question Louis XVII, portrait d'en tête, Paris, Société anonyme La Plume, 1900. Édouard Chanal, Les Merveilleuses Épreuves du paladin Huon de Bordeaux, adaptation de l'Obéron de Wieland à la clientèle écolière et familiale, Paris, Delagrave, 1900.  (notice Wikipédia).

La suite de 47 bandeaux que nous vous proposons ci-dessous est extraite des Figures Contemporaines plus connues sous le nom d'Album Mariani. Sur un peu plus de 70 notices biographiques, Emil Causé donne au moins une cinquantaine de dessins pour les bandeaux (et quelques lettrines). Nous avons sélectionné ceux pour lesquels la signature était bien visible, certains ne portant pas de signature, sans doute d'Emil Causé si l'on s'en tient au style de l'artiste, n'ont pas été catalogués ici. Cet album a paru en 1904 à la librairie Henry Floury. Les dessins d'Emil Causé datent pour le moins de quelques mois à quelques années auparavant. Nous explorerons bientôt d'autres années des Album Mariani.

Le style déployé ici par Emil Causé est homogène sans être répétitif. On s'aperçoit à la lecture de l'Album que l'artiste a su le plus souvent possible faire coïncider la profession de celui ou celle dont Joseph Uzanne fait la biographie avec le dessin du bandeau (un médecin aura droit aux attributs de la science, un écrivain ceux de la littérature et des livres, etc.). La collection de dessins originaux à l'encre de chine conservée au Musée d'Orsay nous montre certains bandeaux ayant servi à ces album Mariani. L'ensemble de ces dessins pour les album Mariani a du demander un temps de travail important à l'artiste.

Admirons son travail quelques 113 ans plus tard. Tous les adorateurs de l'Art Nouveau éprouverons le même plaisir que j'ai eu à les détailler lors de la numérisation.

Bertrand Hugonnard-Roche

 ________________________

47 bandeaux choisis
par Emil Causé
pour l'Album Mariani
pour l'année 1904


 Cliquez sur l'image pour l'agrandir
 













































LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...